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Connaître Franck Mességué

Mardi 16 Septembre 2008 à 17:14

Publié par franckmessegue dans Le combat militant

Extrait du livre " Franck Mességué, le champion idéaliste au  goulag démocratique "

 

 

Franck Mességué, «  dauphin » de Jacques Mayol(1), dénonce l’incohérence et les insuffisances de la lutte contre le sida

 

 

Selon ce recordman du monde de plongée en apnée, la maladie prolifère en raison de la politique de santé publique qui est menée, trop focalisée sur l’usage du préservatif et pas assez sur la nécessité du dépistage. Partant du constat alarmant que « TOUT SIDEEN  FUT, TROP SOUVENT, UN SEROPOSITIF QUI S’IGNORAIT », il considère que la politique attentiste des gouvernements français relève de la non-assistance à personnes en danger.

Tout le monde a vu " Le Grand Bleu " de Luc Besson, inspiré de l’histoire vraie d’Enzo Maiorca (2) « Roberto, mio palmo », et de Jacques Mayol, « le petit Français ».

Enzo Maiorca a établi plusieurs records du monde de plongée en apnée, notamment en poids constant en mer, c’est-à-dire qu’il est descendu et remonté uniquement à la palme, sans s’aider du câble. En 1978, il est ainsi descendu à 52 mètres. En 1981, Jacques Mayol l’a battu, en descendant à 61 mètres.

Huit ans après, en 1989, Franck Mességué, fils du phytothérapeute bien connu Maurice Mességué, est descendu, quant à lui, à 62 mètres. (3)

Lorsqu’on est capable d’un tel exploit sportif, on est forcément en harmonie avec l’océan, la planète, et…l’humanité :

« J’étais un sacré dragueur ! En pleine " évolution sensuelle " dans les années 70, j’aimais les femmes, et elles me le rendaient bien. C’est justement pour cette raison que j’ai commencé, dès qu’est apparu le sida,  à m’en protéger, et à m’inquiéter de la politique de santé publique à propos de cette maladie, car, même en prenant certaines précautions, j’avais attrapé pas moins d’une blennorragie tous les ans, ce qui est évidemment peu de chose par rapport au sida que je risquais dorénavant de contracter. C’est donc à partir de ce moment-là que j’ai commencé à militer, tout en faisant désormais très attention, en faveur du dépistage. Mais, précision fondamentale, je n’ai jamais dit qu’il faut l’imposer. Non ! Il faut simplement le proposer à chaque fois que c’est possible, ce que ne font généralement pas les médecins : le dépistage n’est conseillé, parce que c’est une obligation légale depuis janvier 1993, qu’aux femmes enceintes et aux futurs époux. Pourquoi ne pas GENERALISER une mesure aussi salutaire ? Si la maladie se propage, c’est parce que trop de gens sont séropositifs et ne le savent pas : « Quand une personne connaît sa séropositivité, elle modifie son comportement », a constaté  le Professeur Jean-Marie Andrieu. »

Celui que Jacques Mayol appelle " son dauphin " a commencé à attirer l’opinion publique sur cette cause qu’il défend en organisant en baie de Saint-Paul de La Réunion une tentative, réussie, de record de plongées successives en apnée, dix kilomètres sur 24 heures, « un record d’endurance contre un virus endurant ».

C’était en 1992.

Un long article de la Revue Officielle de la Fédération Française de plongée, rédigé par le Dr Sciarli,  relate son exploit (4). Par la suite, il a entamé des actions de plus en plus percutantes. Il a mené une grève de la faim notamment devant le Parlement Européen de Strasbourg, qui a duré 40 jours, plus 15 jours d’hospitalisation, et qui s’est poursuivie 5 jours encore à Paris. Il a marché de Clermont-Ferrand à Paris (400 kilomètres), les pieds en sang, en portant une croix de 30 kilos sur le dos. Il a fait ensuite un long sit-in de plusieurs mois devant le Ministère de la Santé.

 

 

Ayant eu l’imprudence de dire, après deux ans et demi de militantisme acharné, qu’il allait se faire "hara-kiri" si on n’ouvrait pas officiellement un débat sur sa proposition de mesure

salvatrice, il a été, sur ordre présumé du Ministre de la Santé, Douste-Blazy, arrêté et placé d’office à l’hôpital psychiatrique, une expérience traumatisante pour cet esprit sain dans un corps sain.

Cette plongée en eaux troubles qui a duré 26 jours n’a toutefois pas eu raison de sa volonté de continuer à lutter pour sa cause, mais il s’est limité, depuis, à des actions moins risquées.

« Ils ont touché mon talon d’Achille, je tiens plus que tout à la Liberté d’être libre ! »

 

Il faut préciser qu’il avait reçu de très nombreux soutiens, directs, qui ne pouvaient que le conforter, l’encourager dans sa démarche humanitaire. Parmi les plus connus, citons les professeurs Jean-Marie ANDRIEU et Bernard DEBRE, Alain JUPPE, Jean-Pierre FOURCADE, dont celui-ci, très explicite, de Laurent FABIUS :

 

« Il me paraît nécessaire, en effet, parallèlement au devoir d’information publique de la population sur les manières de prévenir la propagation du sida, de faire des médecins des pivots de la généralisation du test de dépistage. La proposition devrait être systématique. »

 

 

Depuis, entre deux plongées, "sous-marines dorénavant", à Madagascar ou à La Réunion, il se " contente " d’écrire aux ministres successifs, aux sommités médicales, aux journalistes, à la Ligue des Droits de l’Homme, surtout au Conseil National du Sida, aux associations de lutte contre le sida, etc.

Il reste convaincu que seul le dépistage systématiquement proposé pourra enrayer le développement de la maladie, ce qui est de plus en plus affirmé par les études scientifiques internationales.

Beaucoup trop de personnes encore, affirme-t-il, font analyser leur sang sans que leur médecin leur demande si elles ne veulent pas en profiter pour faire un test VIH, qui est gratuit.

 

Tout ce que demande Franck Mességué se réduit à cela : que les médecins proposent d’une façon générale le test VIH à leurs patients, qui risquent d’être concernés, au moins une fois par an, à l’occasion des consultations courantes et régulières.

 

Ce qui l’irrite le plus, c’est qu’on lui rétorque que cette disposition serait inutile sur le plan médical puisqu’il n’existe ni vaccin ni remède absolu, et qu’on ajoute, comme l’a fait [inconsidérément] Jean de Savigny, directeur de l’AFLS, en juin 1993 :

 « En l’état actuel des connaissances médicales, et en l’absence de traitement véritablement efficace, le dépistage de l’infection par le VIH ne peut être considéré de la même manière que celui d’autres pathologies infectieuses durables ».

 

Le dépistage permet pourtant de traiter précocement les porteurs du virus et de retarder d’autant l’évolution du mal, et amène les personnes averties de leur séropositivité à changer en conséquence leurs conduites sexuelles.

 

L’insuffisance du dépistage est sans aucun doute responsable de dizaines de milliers de nouvelles contaminations…

 

D’après Ignace de Witte Le Mémento mars 2008



[1]Un chapitre de cet ouvrage est consacré à la carrière sportive de Franck Mességué.


_________________________________________________________________________________________

 

[2 S.I.D.A., ou série d’immersions delphiniques en apnée (Revue Officielle de la Fédération Française de Plongée, juillet-août 1992), par le Dr Raymond Sciarli :

 

                C’est un truisme de reconnaître qu’il existe plusieurs chemins pour atteindre un but. Celui de Franck Mességué – qui motive le titre alambiqué de cette relation – a été de faire prendre conscience du grave problème du SIDA à La Réunion au travers d’un exploit sportif peu banal, soutenu par l’association SIDA-SOLIDARITE. Cet enthousiaste champion – qui a atteint, rappelons-le, la profondeur de 62 mètres en apnée en poids constant le 20 -11 -89 – a jugé bon d’imiter au quotidien le dauphin, ce grand ami de l’home, en réalisant 234 plongées à une profondeur moyenne de 21 mètres durant 24 heures, soit un parcours total de 10 kilomètres en apnée entre le samedi 9 mai à 11 heures et le dimanche 10 mai à 11h30 : le tout contrôlé en permanence par plusieurs équipes qui se sont relayées et qui comprenaient un apnéiste, un plongeur autonome, un huissier et un médecin, dont le docteur Christophe Leroy, coordonnateur du secteur médical.

                Je reste et resterai toujours admiratif devant le dépassement de soi, même si je m’interdis depuis longtemps de penser l’apnée en termes de records, pour ne pas aider mes amis à évoluer subconsciemment dans un espace réservé traditionnellement aux kamikazes.

                Pourtant Franck Mességué est là, devant moi, souriant et fier de son exploit, ceci sans aucune démesure, fait qui le rend encore plus sympathique. Il me conte les petits ennuis qui ont émaillé ce jour mémorable.

                Le samedi, après voir effectué quelques plongées, sa trompe "passant" mal, il envisage de reporter sa tentative, qu’un traitement médical bien conduit lui permet cependant de poursuivre.

                Puis, malgré l’obscurité qui tombe et la présence potentielle de requins, il continue de plus belle, la Marine Nationale ayant procédé à la mise en place de lampes et d’une cage anti-requins, équipée d’un détendeur, sur le fond, pour lui permettre de se soustraire à une agression éventuelle.

                Peu après minuit, malmenée par la houle (qui a contraint trois apnéistes nauséeux à sortir de l’eau), une soudure du ponton de soutien cède tandis que survient une panne d’éclairage. Notre champion met alors à profit le temps de la réparation pour se reposer durant une demi-heure, qu’il rattrapera en reportant sa sortie d’un temps équivalent.

                A trois heures du matin, malgré une bonne protection cutanée – habit avec sous-vêtements – t une eau à 23° C sur le fond, il a très froid, l’absence d’ensoleillement en surface étant conjuguée aux effets du rythme circadien. C’est à ce moment du nycthémère que la température corporelle se situe au plus bas niveau malgré, dans ce cas précis, une alimentation fractionnée permanente : pâtes chaudes, blanc d’œuf, fruits, boissons à base de miel, tisanes diverses (l’hérédité ne perdant pas ses droits !).

                Préconisé et indispensable au-delà d’une heure lors de la poursuite d’un effort sportif, ce type d’alimentation présente un inconvénient chez l’apnéiste, qui doit pourtant – lui aussi et mieux que tout autre – éviter la redoutable hypoglycémie. Il s’agit de régurgitations acides, provoquant parfois de l’œdème buccal, liées à l’effort de longue durée autant qu’aux changements de position, le cardia n’étant pas un sphincter véritable…

                Durant les premières heures, Franck Mességué a conservé une forme excellente, intensifiant le rythme autant que la profondeur de ses plongées, passées progressivement de 18 à 24 mètres.

            Si l’on sait que l’homme s’avère incapable de tolérer sans dommage les contraintes d’un engin perfectionné qu’il transporte, il n’en demeure pas moins que le corps doit rester capable de réaliser ce que le mental exige.

                Franck Mességué aurait pu certainement poursuivre da démonstration. Il ne l’a pas fait et, à mon sens, il a eu raison car il n’aurait rien ajouté à l’authenticité d’un exploit peu banal. En effet il m’a déclaré s’être senti mal à l’aise durant les six heures qui ont suivi sa sortie de l’eau. Il avait une sensation d’instabilité, de légère ébriété, alliée à une fatigue "qui n’était pas une bonne fatigue", et ressentait une gêne respiratoire avec encombrement léger.

                Je ne crois pas qu’il soit possible de placer une étiquette certaine sur tout cela : même si le tableau évoqué cadre avec un accident de décompression à venir – et s’il s’était agi d’un scaphandrier, je l’aurais dirigé sans tarder sur un caisson de décompression – l’analyse n’est pas simple. Dans une thèse remarquable – présentée dans la revue APNEA – Nicole Heran a défini théoriquement les paramètres permettant à un apnéiste de rester en deçà d’un accident de décompression en plongée libre. Si ces données s’avèrent absolument inutilisables pour le moment en pêche sous-marine, l’ordinateur ad hoc restant à trouver, il n’en va pas de même pour Franck Mességué qui a suivi un protocole quasi-expérimental d’où l’accident se trouve exclu selon le travail de Nicole Heran auquel je souscris volontiers.

                Dans ce domaine, il faut rester modeste et ne rien affirmer sans contrôle ; il est dommage que la détection de bulles n’ait pu être effectuée : l’information aurait été importante.

                Si l’on envisage d’autres hypothèses, on doit évoquer :

-          le surmenage, le surentraînement, pour expliquer la fatigue anormale

-          l’effet de la houle et des plongées pour justifier l’instabilité par une trop grande sollicitation des organes de l’équilibration

-          l’inhalation d’eau de mer et de ses allergènes, voire de gouttelettes de suc gastrique, pour faire comprendre la gène respiratoire transitoire, une défaillance cardiaque temporaire étant exclue

                Ma conclusion sera brève :

                Un très grand bravo, Franck, mais prudence !

 

MISE AU POINT

Le récit qu'on peut lire en ligne sur:

http://prevensectes.com/rael43.htm

n'est pas conforme à la vérité : se reporter à l'article : " PRELUDE A LA NAISSANCE D'UN LIVRE "

 

Le dépistage préventif permet de traiter précocement les porteurs du virus et de retarder d'autant l'évolution du mal, et amène les personnes averties de leur séropositivité à changer en conséquence leurs conduites sexeulles.

 

L'insuffisance du dépistage est sans aucun doute responsable de dizaines de milliers de nouvelles contaminations ...

 

D'après Ignace de Witte, Le Mémento Mars 2008

 

Une chapitre de cet ouvrage est consacré à la carrière sportive de Franck Mességué

 

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Dernière mise à jour par Franck Mességué, le 16 Septembre 2008

 

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