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Articles de la rubrique "Le champion"
Les records
Mardi 16 Septembre 2008 à 14:06 Publié par franckmessegue dans Le champion
Rêveries abyssales d’un ambitieux (1)
Franck Mességué lors de sa 3ème tentative en apnée profonde à – 51m sur l’épave du Haï-Hsiang en Août 89
« Savoir nager sur l’eau, c’est bien, mais savoir nager sous l’eau, c’est encore mieux ! C’est par cette juste appréciation de mon Père que débuta un matin mon aventure sous-marine. J’avais 9 ans. Après plusieurs tentatives infructueuses sous le regard inquiet de ma Mère qui m’avait pourtant appris à nager, je parvenais le soir même à traverser fièrement les onze mètres de la piscine familiale que nous avions la chance de posséder. Une passion venait de naître qui ne cessera de grandir. Depuis, chaque été, ˝ma vie se passait sous l’eau ˝. Deux ans après cette première traversée, je parvenais à parcourir Par la suite, jusqu’à l’âge de 35 ans, je n’ai jamais manqué, chaque été, de chercher à atteindre une profondeur de plus en plus importante tout en essayant de retenir mon souffle le plus longtemps possible, sans aucune arrière-pensée de compétition, si ce n’est avec moi-même. Mes performances, jusqu’à cet âge étaient d’ailleurs plus que modestes : Je m’en suis contenté, jusqu’au jour, véritable tournant de ma vie, où j’ai rencontré Alain Lecompte, qui m’a transmis son virus et ses hautes compétences de chasse sous-marine. (1) Le titre et le récit qui suit sont également de Franck Mességué. _____________________________________________________________________________________________________
Il m’a conseillé sur l’équipement nécessaire, de la tête aux pieds, pour pouvoir apprécier à sa juste valeur ce sport authentique. C’est à ce moment-là que, fort de l’expérience qu’il m’avait communiquée, j’ai pris la destination du Kenya où, comme je l’ai raconté plus haut, j’ai consacré la quasi-totalité de mes journées à traquer barracudas, tazards et autres loches, pour le plus grand plaisir de mes amis kényans, qui trouvaient là une source alimentaire providentielle.
Au cours de cette année, je suis passé de 15 mètres à 30 mètres. J’avais une combinaison short de 3 millimètres avec une ceinture surchargée à 7 kilos.
Revenu dans mon Auvergne en plein succès du Grand Bleu, film qui n’a fait qu’attiser mon envie de pousser encore plus loin mes rêves d’espaces abyssaux, j’ai entrepris de réussir le pari de battre le record d’apnée statique, ce que j’ai fait sans trop de peine puisque le temps à battre n’était que de 3’ 42’’.
Après mes 4’30’’ (de quoi faire sourire notre ami Andy Le Sauce avec ses 7’16’’), je suis allé m’installer à La Réunion, un coin d’Auvergne qui aurait été transporté sur la Côte d’Azur avec un air tropical, et je me suis mis en tête de conquérir le record en poids constant, « le plus physique et le plus authentique », pour reprendre la judicieuse appréciation d’Umberto Pelizzari, opinion d’ailleurs partagée par l’ensemble des « profondistes », du célèbre Enzo Maïorca à l’athlétique Pipin, en passant par le mythique Jacques Mayol et la charmante Deborah Andollo.
Je me suis mis en quête d’un entraîneur et, en la personne de Guy Gazzo, j’ai trouvé un être fort compétent en matière d’équipement mais qui, et je l’ai fort regretté, ne m’a vraiment pas « suivi » au-delà de 30 mètres car, tout simplement, ce n’était plus son domaine.
En 3 essais, je suis passé de 30 à 35 mètres, puis à 45, et enfin à 51 mètres sans vraiment forcer. Il faut reconnaître que quand Guy Gazzo m’a délesté de 5 kilos, les choses sont devenues bien plus faciles ! Cependant cette erreur de lestage m’a été profitable : cela m’a permis pendant toute une année de particulièrement travailler à la remontée, ce qui a eu pour avantage de me muscler dans un exercice que j’accomplissais avec un minimum d’oxygène.
Enfin, avec très peu de moyens, c’est-à-dire très peu de sécurité (1) j’ai réussi à devenir le premier mondial avec 62 mètres (2), le 20 novembre 1989 au large de Saint-Gilles les Bains à La Réunion.
Faute de sponsors et de soutiens médiatiques suffisants, je n’ai pu retenter malheureusement cette merveilleuse aventure, et j’ai décidé à 40 ans d’arrêter mes ambitions aquatiques sur un record d’endurance sur 24 heures en poids constant : du 9 au 10 mai 1992, j’ai parcouru verticalement 10 kilomètres en apnée profonde (de 18 à 21 mètres en moyenne), sur 234 plongées dans une mer exceptionnellement houleuse.
Pour conclure, je tiens à dire un mot sur l’état d’esprit du compétiteur que je suis, car je m’autorise à croire que les motivations, les sentiments et les difficultés d’un apnéiste compétitif respectant ses rivaux peuvent intéresser les lecteurs.
Dans le Grand Bleu comme dans le livre de Jacques Mayol, qui sont incontestablement des références, le pourquoi est privilégié par rapport au comment, ce qui n’a pas empêché ces œuvres de connaître un grand succès populaire.
Il ne faut pas se mentir : nous, les « profondistes », nous avons tous " la recordite " en tête (expression chère et quelque peu équivoque, de mon Ami Jacques Mayol, lui-même, titulaire de 12 records mondiaux qui ont, logiquement, justifié et façonné sa célébrité ).
[1 Je me vois encore à l’entraînement dans les 50 mètres avec seulement un apnéiste et un plongeur...
2]Franck, contrairement à la plupart de ses concurrents qui ont fait attester leur record par la mesure de la corde, - laquelle est souvent plus ou moins mise en oblique par le courant, ce qui peut fausser la profondeur des repères - a toujours utilisé, pour sa part, un profondimètre étalonné au poignet, qui donne un métrage incontestable.
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S’il en était autrement, nous ne pratiquerions l’apnée que pour le plaisir que procure cette étrange sensation, discrètement, dans un coin de mer ou au fond d’une baignoire, sans jamais faire état de nos capacités, et sans vouloir jamais nous confronter aux autres. Quand on dit ne pas aimer l’argent, il ne faut surtout pas jouer au loto : ça risque de rendre milliardaire...
En ce qui me concerne, même si cela peut paraître maladroit, je ne cache pas que je suis un « exhibitionniste de la performance », avec des prétentions, au sens positif du terme, et des potentialités en lesquelles je crois, et que je souhaite faire apprécier.
Ne sont-ce pas là les dispositions élémentaires d’un sportif de compétition ?
Certains, étonnamment, m’ont reproché cette franchise...
Il faut reconnaître que, pour ne pas déplaire, en France, il faut cacher ses ambitions, afficher une feinte décontraction, travailler sa fausse modestie, et s’excuser de vouloir « passer devant l’autre... »
Exprimer sa fierté, dans notre pays, passe pour de l’insolence, à l’inverse de ce qui se passe aux Etats-Unis.
La compétition n’est-elle pas pourtant un merveilleux stimulant pour l’imagination, et la meilleure façon, pour l’individu, de révéler ses aptitudes ? »
*
* *
Franck, avec une fierté toute légitime, ouvre volontiers son album de souvenirs.
On peut l’y voir, par exemple en 1995, en compagnie de Pierre Pasquini, alors ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement Juppé, qui, à l’âge de 74 ans, plongeait et chassait encore à plus de 15 mètres, à la sortie d’une partie amicale de pêche sous-marine où il venait d’aider Franck à sortir un mérou d’une bonne trentaine de kilos.
La photo, portant la signature du ministre sous les mots :
« A Franck, avec mon admiration », a été prise sur le pont d’un caïque, en Turquie, à bord de quoi Pierre Pasquini avait été invité tout un mois d’Août par le Père de Franck, Maurice Mességué, son grand Ami depuis toujours…
La photographie suivante ne manque pas d’humour : on y voit le Ministre des Anciens Combattants, radieux , au garde-à-vous devant Franck avec son fusil de pêche sous-marine.
Sur un autre cliché, Franck figure avec Claude Chapuis, cofondateur de l’AIDA,[1] qui écrit :
« Sans Franck, l’apnée moderne n’aurait pas vu le jour . Tu as été de toutes les aventures en apnée depuis 88 . Salut, l’ami ! » .
Sur le suivant, il est en compagnie d’Andy Le Sauce, l’homme aux 16 records du monde en apnée statique et dynamique, qui a porté de sa main sur la photo en date du 3 décembre 1992, cette flatteuse invitation :
« Franck, apprends-moi à descendre profond. Je t’apprendrai à rester longtemps. Merci pour ta gentillesse. »
Ailleurs, on découvre cette simple et sincère dédicace, datée de 1992, du commandant Philippe Tailliez, compagnon du commandant Cousteau et de Frédéric Dumas, avec qui il constitua, aidé, comme il se doit, par Léon Vêche, la célèbre Equipe des “ Trois Mousquemers” , après avoir tourné ensemble et en apnée le premier film sous-marin français en 1942 « Par dix-huit mètres de fond » :
« A Franck Mességué, dont le nom est déjà inscrit dans l’histoire de la pénétration sous-marine … En fraternité, en communion d’esprit ! »
[1]AIDA : Association Internationale pour le Développement de l’Apnée. Franck Mességué tient à rendre, ici, un hommage appuyé à Claude Chapuis, cofondateur de l’AIDA, avec Roland Specker, qui en a assuré la présidence, pour tout ce qu’ils ont fait pour l’apnée avec une efficacité universellement reconnue par tous les amateurs de cette authentique et fabuleuse discipline sportive.
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Il faut retenir aussi cette dédicace de Jacques Mayol, sur la page de titre de son livre Homo Delphinus : « Pour mon jeune ² Frère de Mer ², Franck Mességué, qui n’a jamais cessé d’être un Homme-Dauphin. Très amicalement. », et celle qu’on peut lire sur une photo qui le représente en train de remettre une belle coupe à Franck pour son record à moins 62 mètres :
« A mon Dauphin Auvergnat dont je suis vraiment très fier.
Fraternellement ! »
Franck Mességué souhaite fortement, et ce sera son prochain challenge, que la discipline de l’apnée dynamique en piscine soit rétablie parmi les compétitions figurant aux Jeux Olympiques : comme aux Jeux de Paris, en 1900, qui ont connu l’épreuve des 60 mètres de nage sous l’eau, avec la belle victoire du Français Charles de Vendeville ...
Fondées sur sa longue et utile expérience, ses recommandations à tous ceux que tente la belle aventure de l’apnée en poids constant sont reproduites en fin de volume.
Faute de sponsors et de soutiens médiatiques suffisants, je n’ai pu retenter malheureusement cette merveilleuse aventure, et j’ai décidé à 40 ans d’arrêter mes ambitions aquatiques sur un record d’endurance sur 24 heures en poids constant : du 9 au 10 mai 1992, j’ai parcouru verticalement Pour conclure, je tiens à dire un mot sur l’état d’esprit du compétiteur que je suis, car je m’autorise à croire que les motivations, les sentiments et les difficultés d’un apnéiste compétitif respectant ses rivaux peuvent intéresser les lecteurs. Dans le Grand Bleu comme dans le livre de Jacques Mayol, qui sont incontestablement des références, le pourquoi est privilégié par rapport au comment, ce qui n’a pas empêché ces œuvres de connaître un grand succès populaire. Il ne faut pas se mentir : nous, les « profondistes », nous avons tous " la recordite " en tête (expression chère et quelque peu équivoque, de mon Ami Jacques Mayol, lui-même, titulaire de 12 records mondiaux qui ont, logiquement, justifié et façonné sa célébrité ). [1] Je me vois encore à l’entraînement dans les _____________________________________________________________________________________________________ « Sans Franck, l’apnée moderne n’aurait pas vu le jour . Tu as été de toutes les aventures en apnée depuis 88 . Salut, l’ami ! » . Sur le suivant, il est en compagnie d’Andy Le Sauce, l’homme aux 16 records du monde en apnée statique et dynamique, qui a porté de sa main sur la photo en date du 3 décembre 1992, cette flatteuse invitation : « Franck, apprends-moi à descendre profond. Je t’apprendrai à rester longtemps. Merci pour ta gentillesse. » Ailleurs, on découvre cette simple et sincère dédicace, datée de 1992, du commandant Philippe Tailliez, compagnon du commandant Cousteau et de Frédéric Dumas, avec qui il constitua, aidé, comme il se doit, par Léon Vêche, la célèbre Equipe des “ Trois Mousquemers” , après avoir tourné ensemble et en apnée le premier film sous-marin français en 1942 « Par dix-huit mètres de fond » : « A Franck Mességué, dont le nom est déjà inscrit dans l’histoire de la pénétration sous-marine … En fraternité, en communion d’esprit ! » [1]AIDA : Association Internationale pour le Développement de l’Apnée. Franck Mességué tient à rendre, ici, un hommage appuyé à Claude Chapuis, cofondateur de l’AIDA, avec Roland Specker, qui en a assuré la présidence, pour tout ce qu’ils ont fait pour l’apnée avec une efficacité universellement reconnue par tous les amateurs de cette authentique et fabuleuse discipline sportive. ____________________________________________________________________________________________________
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