•  

     

     
     Franck Mességué lors de sa 3ème tentative en apnée profonde à – 51m sur l’épave du Haï-Hsiang en Août 89
     
     

    Rêveries abyssales, au nom de l'Intensité de Vie


     

    « Savoir nager sur l’eau, c’est bien, mais savoir nager sous l’eau, c’est encore mieux ! C’est par cette juste appréciation de mon Père que débuta un matin mon aventure sous-marine.

     

    J’avais 9 ans.

     

    Après plusieurs tentatives infructueuses sous le regard inquiet de ma Mère qui m’avait pourtant appris à nager, je parvenais le soir même à traverser fièrement les onze mètres de la piscine familiale que nous avions la chance de posséder. Une passion venait de naître qui ne cessera de grandir. Depuis, chaque été ,  ma vie se passait sous l’eau . Deux ans après cette première traversée, je réussissais à parcourir 60 mètres en longueur pour 15 mètres en profondeur en apnée libre. C’est alors que j’ai fait mes premières armes en chasse sous-marine, à Monaco : j’ai toujours gardé en mémoire mémoire qu’avec une simple foëne, il m’a fallu une après-midi pour déloger de son repaire une pieuvre plus grande que moi.


    Par la suite, jusqu’à l’âge de 35 ans, je n’ai jamais manqué, chaque été, de chercher à atteindre une profondeur de plus en plus importante tout en essayant de retenir mon souffle le plus longtemps possible, sans aucune arrière-pensée de compétition, si ce n’est avec moi-même.


    Mes performances, jusqu’à cet âge étaient d’ailleurs plus que modestes : 18 mètres en poids constant à la brasse pour 3 minutes d’apnée statique.


    Je m’en suis contenté, jusqu’au jour, véritable tournant de ma vie, où j’ai rencontré Alain Lecompte, qui m’a transmis son virus et ses hautes compétences de chasse sous-marine. Il m’a conseillé sur l’équipement nécessaire, de la tête aux pieds, pour pouvoir apprécier à sa juste valeur ce sport fantastique. C’est à ce moment-là que, fort de l’expérience qu’il m’avait communiquée, j’ai pris la destination du Kenya où, comme je l’ai raconté plus haut, j’ai consacré la quasi-totalité de mes journées à traquer barracudas, tazards et autres mérous géants, pour le plus grand plaisir de mes amis kényans, qui trouvaient là une source alimentaire providentielle.


    Au cours de cette année, je suis passé de 15 mètres à 30 mètres. J’avais une combinaison short de 3 millimètres avec une ceinture surchargée à 7 kilos. 


    Revenu dans mon Auvergne en plein succès du Grand Bleu, film qui n’a fait qu’attiser mon envie de pousser encore plus loin mes rêves d’espaces abyssaux, j’ai entrepris de réussir le pari de battre le record d’apnée statique, ce que j’ai fait sans trop de peine puisque le temps à battre n’était que de 3’ 42’’.

     

    Après mes 4’30’’ (de quoi faire sourire notre ami Andy Le Sauce avec ses 7’16’’), je suis allé m’installer à La Réunion, un coin d’Auvergne qui aurait été transporté sur la Côte d’Azur avec un air tropical, et je me suis mis en tête de conquérir le record en poids constant, « le plus physique et le plus authentique », pour reprendre la judicieuse appréciation d’Umberto Pelizzari, opinion d’ailleurs partagée par l’ensemble des « profondistes », du célèbre Enzo Maïorca à l’athlétique Pipin, en passant par le mythique Jacques Mayol ou la charmante Deborah Andollo.


    Je me suis mis en quête d’un entraîneur et, en la personne de Guy Gazzo, j’ai trouvé un être fort compétent en matière d’équipement  mais qui, et je l’ai fort regretté, ne m’a vraiment pas « suivi » au-delà de 30 mètres car, tout simplement, ce n’était plus son domaine. En 3 essais, je suis passé de 30 à 35 mètres, puis à 45, et enfin à 51 mètres sans vraiment forcer. Il faut reconnaître que quand Guy Gazzo m’a délesté de 5 kilos, les choses sont devenues bien plus faciles ! Cependant cette erreur de lestage m’avait été profitable , en me permettant pendant toute une année de particulièrement travailler la remontée, ce qui a eu pour avantage de me renforcer dans un exercice que j’accomplissais avec un minimum d’oxygène.


    Enfin, avec très peu de moyens, c’est-à-dire très peu de sécurité, j’ai réussi à devenir le premier mondial avec 62 mètres,  le 20 novembre 1989 au large de Saint-Gilles les Bains à La Réunion.


    Faute de sponsors et de soutiens médiatiques suffisants, je n’ai pu retenter malheureusement cette merveilleuse aventure, et j’ai décidé à 40 ans d’arrêter mes ambitions aquatiques sur un record d’endurance sur 24 heures en poids constant : du 9 au 10 mai 1992, j’ai pu parcourir verticalement 10 kilomètres en apnée profonde ( pour 21 mètres de profondeur de moyenne ), sur 234 plongées dans une mer exceptionnellement houleuse.

     

    Pour conclure, je tiens à dire un mot sur l’état d’esprit du compétiteur que je suis, car je m’autorise à croire que les motivations, les sentiments et les difficultés d’un apnéiste  de compétition  respectant ses rivaux peuvent intéresser les lecteurs. 

     

    Dans le Grand Bleu comme dans le livre de Jacques Mayol, qui sont incontestablement des références, le pourquoi est privilégié par rapport au comment, ce qui n’a pas empêché ces œuvres de connaître un grand succès populaire.

     

    Il ne faut pas se mentir : nous, les « profondistes », nous avons absolument tous " la recordite  " en tête (expression chère et quelque peu équivoque, de mon Ami Jacques Mayol, lui-même, titulaire de 12 records mondiaux qui ont, logiquement, justifié et façonné sa célébrité ) . 

     

    S’il en était autrement, nous ne pratiquerions l’apnée que pour le plaisir que procure cette étrange sensation, discrètement, dans un coin de mer ou au fond d’une baignoire, sans jamais faire état de nos capacités, et  sans vouloir surtout nous confronter aux autres. Il en va de même pour tout prétendant à un record, dans n'importe quel discipline que ce soit. 

     

    Quand on dit ne pas aimer l’argent, il ne faut surtout pas jouer au loto : ça risque de rendre milliardaire...

     

    En ce qui me concerne, même si cela peut paraître maladroit, je ne cache pas que je fus un « exhibitionniste de la performance », avec des prétentions, au sens positif du terme, et des potentialités en lesquelles je crois, et que je souhaite faire apprécier.

     

    Ne sont-ce pas là les dispositions élémentaires d’un sportif de compétition ?

     

    Certains, étonnamment, m’ont reproché cette franchise...

     

    Il faut reconnaître que, pour ne pas déplaire, en France, il faut savoir masquer ses ambitions, afficher une feinte décontraction, travailler une fausse modestie, tout en s'excusant  de vouloir « passer devant l’autre... »

    Exprimer sa fierté, dans notre pays, passe pour de l’insolence, à l’inverse de ce qui se passe aux Etats-Unis.

    La compétition n’est-elle pas pourtant un merveilleux stimulant pour l’imagination, et la meilleure façon, pour l’individu, de révéler ses aptitudes en affrontant ses peurs à son courage !?... »


     

    *

     

      


    Franck, avec une fierté toute légitime, ouvre volontiers son album de souvenirs. 

     

    On peut l’y voir, par exemple en 1995, en compagnie de Pierre Pasquini, alors ministre des Anciens Combattants dans le gouvernement Juppé, qui, à l’âge de 74 ans, plongeait et chassait encore à plus de 15 mètres, à la sortie d’une partie amicale de pêche sous-marine où il venait d’aider Franck à sortir un mérou d’une bonne trentaine de kilos. 

     

    La photo, portant la signature du ministre sous les mots : 

     « A Franck, avec mon admiration », a été prise sur le pont d’un caïque, en Turquie,             à bord de quoi Pierre Pasquini avait été invité tout un mois d’Août  par le Père de Franck, Maurice Mességué, son grand Ami de toujours…

     

    La photographie suivante ne manque pas d’humour : on y voit le Ministre des Anciens Combattants, radieux, au garde-à-vous devant Franck avec son fusil de chasse ... sous-marine


     Sur un autre cliché, Franck figure avec Claude Chapuis ex-recordman du monde d'apnée statique et cofondateur de l’AIDA, qui écrit : « Sans Franck, l’apnée moderne n’aurait pas vu le jour .  Tu as été de toutes les aventures  depuis 88 .  Salut, l’ami  !  » .


     Sur le suivant, il est en compagnie d’Andy Le Sauce, l’homme aux 16 records du monde en apnée statique et dynamique, qui a porté de sa main sur la photo en  date du 3 décembre 1992, cette flatteuse invitation :

     « Franck, apprends-moi à descendre profond. Je t’apprendrai à rester longtemps.   Merci pour ta gentillesse. »

     

     Ailleurs, on découvre cette simple et sincère dédicace, du commandant Philippe Tailliez, compagnon du commandant Cousteau et de Frédéric Dumas, avec qui il constitua, aidé, comme il se doit, par Léon Vêche, la célèbre Equipe des Trois Mousquemers  , après avoir tourné ensemble et en apnée le premier film sous-marin français en 1942 « Par dix-huit mètres de fond » :

     

    « A Franck Mességué, dont le nom est déjà inscrit dans l’histoire de la pénétration sous-marine … En fraternité, en communion d’esprit !  »

     

     Il faut retenir aussi ce sympathique mot de Jacques Mayol, sur la page de titre de son livre Homo Delphinus :

     

    « Pour mon jeune Frère de Mer , Franck Mességué, qui n’a jamais cessé d’être un Homme-Dauphin. Très amicalement. », et celle qu’on peut lire sur une photo qui le représente en train d'offrir  une belle coupe à Franck pour son record à moins 62 mètres : 

     

    « A mon Dauphin Auvergnat dont je suis vraiment très fier. 

    Fraternellement !  . »


    Franck Mességué souhaite fortement, et ce sera son prochain challenge, que la discipline de l’apnée dynamique en piscine soit rétablie parmi les compétitions figurant aux Jeux Olympiques : à l'instar des Jeux de Paris, en 1900, qui ont  connu l’épreuve des 60 mètres de nage sous l’eau, avec la  victoire d'un Français Charles de Vendeville ...

     

     

     

     



    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique